Lazurite et Lapis-Lazuli
Tectosilicate de calcium et de sodium, la lazurite (de l’arabe lazavard, ciel) est un feldspathoïde, c’est-à-dire un minéral voisin du feldspath (minéral essentiel des roches magmatiques) mais moins riche en silice. Elle se caractérise par une couleur bleu azur foncé à bleu-violet et par son association fréquente avec la pyrite et la calcite. Avec ces deux derniers minéraux, ainsi qu’avec d’autres, elle est à l’origine d’une roche d’une couleur bleue et blanche caractéristique, le lapis-lazuli, dans laquelle sont taillés de nombreux objets décoratifs de grande valeur.
formule
(Na, Ca)8[(AlSiO4)6(SO4, S, Cl)2];
système: cubique;
dureté: 5-6;
poids spécifique: 2,38-2,90;
éclat: vitreux;
transparence: opaque;
cassure: conchoïdale, grenue.
1. Caractéristiques de la lazurite
La structure atomique de la lazurite est composée d’un assemblage de tétraèdres [SiO4]4- tous liés entre eux par leurs quatre sommets. La charge globale négative de cette charpente est neutralisée par l’aluminium (Al) -qui occupe la position géométrique du silicium (Si)- de sorte qu’un ion oxygène (O-) peut être lié à deux ions silicium ou à un ion silicium et un ion aluminium. L’ion volumineux Ca2+ et l’ion alcalin Na+ entrent aussi dans cette structure en jouant le rôle de l’ion aluminium. Les ions SO42-, S et Cl- s’insèrent dans les cavités de cette charpente aluminosilicique largement ouverte.
Les cristaux, rares, se présentent sous forme de dodécaèdres (polyèdres à douze faces) cubiques aux clivages parfaits. Certains peuvent atteindre cinq centimètres (Afghanistan).
La lazurite est facilement attaquée par l’acide chlorhydrique (HCl) avec dégagement de sulfure d’hydrogène (H2S) à l’odeur caractéristique d’œuf pourri; elle n’est pas fluorescente et non pléochroïque.
2. Gisements de lazurite
La lazurite est un minéral du métamorphisme de contact; elle cristallise dans des roches carbonatées (calcaires métamorphiques, cipolins, etc.) recoupées par une syénite ou une monzonite (granites alcalins, c’est-à-dire très riches en feldspaths potassiques ou sodiques, tels que l’orthose ou le microcline). Elle est alors associée avec les autres minéraux qui composent le lapis-lazuli.
Plusieurs gisements sont connus depuis la plus haute Antiquité (Asie, Chili), d’autres ont été découverts plus récemment (États-Unis, Italie...). Le célèbre gisement de Sar-e-Sang -toujours exploité-, situé à 300kilomètres au nord-est de Kaboul dans la province afghane de Badakhshan, a livré les plus beaux et les plus grands cristaux connus à ce jour. La lazurite y apparaît dans des cipolins encaissés dans des gneiss. C’est de ce gisement que provenaient les pierres avec lesquelles les Égyptiens façonnaient des amulettes en forme de scarabée et les Chinois des objets d’art.
Le gisement chilien de Flor de los Andes, localisé à environ 100 kilomètres au sud-est d’Ovalle, est connu depuis l’époque de Chavín de Huantar (centre cérémoniel péruvien de la Cordillère blanche construit au début du Iermillénaire avant notre ère). La lazurite y a cristallisé dans des marbres, sa production est toujours assurée mais elle est cependant moins importante que celle des sites afghans.
En Russie, les gisements de la région du lac Baïkal (vallées de la Slyvdyanka, district de Bystraya) ont été découverts en 1851 et sont toujours exploités. De magnifiques cristaux, inclus dans des marbres, de un à deux centimètres, présentent parfois un cœur rouge et une enveloppe d’un bleu profond.
De nombreux autres sites sont exploités ou connus dans le monde: en Iran (région de Kachan), aux États-Unis dans le Colorado (Sawatch Mountains) et en Californie (canyon de San Antonio), au Canada (île de Baffin), en Birmanie (vallée de Dattaw), en Italie (près de Rome).
3. Confusions possibles
Plusieurs pierres fines ou ornementales ressemblent à la lazurite, au point que deux d’entre elles ont une appellation voisine ce qui accentue encore la confusion possible. L’azurite est un carbonate basique de cuivre de couleur outremer à bleu foncé; outre son type de gisement (mines de cuivre), elle se distingue de la lazurite par un net pléochroïsme (bleu clair-bleu foncé), une dureté moindre (3,5-4) et une association fréquente avec la malachite. La lazulite est un phosphate basique de magnésium, de fer et d’aluminium de couleur bleu foncé à blanc bleuté; comme la lazurite, ses cristaux sont rares (système monoclinique), sa fluorescence nulle, son poids spécifique proche de 3 (3,1), sa dureté égale de 5 à 6. Seul son fort pléochroïsme (incolore, bleu foncé) permet de la distinguer à l’œil nu.
La sodalite est aussi un feldspathoïde et comporte de nombreux caractères communs avec la lazurite: tectosilicate d’aluminium et de sodium contenant du chlore (Na,Cl2[AlSiO4]6), système cubique, dureté et poids spécifique proches (respectivement 5,5-6 et 2,2-2,3), couleur bleue à bleu violacé, pléochroïsme nul, opaque, mêmes gisements que la lazurite. Seule sa forte fluorescence orange permet de la distinguer en première analyse.
Enfin, la dumortiérite, borosilicate d’aluminium, de couleur bleu foncé à bleu-violet se distingue de la lazurite par une dureté plus grande (7 sur l’échelle de Mohs) et un fort pléochroïsme (noir, brun-rouge, brun).
4. Le lapis-lazuli
Le terme de lapis-lazuli (du latin lapis, pierre, et de l’arabe azul, bleu) est souvent, à tort, employé comme synonyme de lazurite. Le lapis-lazuli est une roche composée de plusieurs minéraux: la lazurite, principal constituant; la sodalite, l’haüyne et la noséane, qui sont les trois autres feldspathoïdes donnant la couleur outremer à la roche; la calcite, qui forme les passées blanches; la pyrite (bisulfure de fer), qui se présente en petits points brillants ou en reflets verdâtres selon l’état d’oxydation; et divers autres silicates en quantité moindre (diopside, néphéline, scapolite, augite, hornblende et forstiérite). Si la pyrite et la calcite sont des garanties de l’authenticité de la roche, leur altération donne un aspect vacuolaire à la roche qui diminue la valeur de celle-ci. Les masses les plus recherchées sont celles qui contiennent seulement les feldspathoïdes, comme dans les gisements afghans, à la teinte bleue plus homogène.
Comme toutes les gemmes, le lapis-lazuli fut gratifié de nombreux pouvoirs. En Mésopotamie, la roche devait avoir une valeur rituelle comme en témoigne son utilisation dans la sculpture et la glyptique de nombreux objets (sceaux, bagues, colliers, vases, statuettes, etc.) découverts dans les tombes. Cette région a longtemps été la plaque tournante du commerce de cette pierre provenant de Sogdiane (Badakhshan actuel, en Afghanistan). Plus tard, les premiers émirats musulmans et les dynasties islamiques persanes prirent le contrôle de sa large diffusion, la couleur bleue étant considérée par les musulmans comme ayant le pouvoir de chasser le mauvais œil. DariusIer (522-486 av. J.-C.), roi de Perse, orna son palais de lapis-lazuli et fit tailler dans cette matière son cylindre-sceau, conservé au British Museum et représentant le roi debout dans son char et chassant le lion. À Rome, on prenait le lapis-lazuli pour un saphir ponctué d’inclusions d’or (en fait, la pyrite); on l’utilisait donc comme pierre semi-précieuse, mais on la gratifiait aussi de pouvoirs aphrodisiaques. La roche bleue refit son apparition en Europe plusieurs siècles plus tard, au Vesiècle après J.-C.; on l’appelait alors ultramarinum (outremer) pour faire allusion non pas à sa couleur mais à son origine lointaine. Ce n’est qu’ensuite que le nom d’outremer désigna aussi cette teinte particulière. D’ailleurs, au Moyen Âge, la pierre était réduite en poudre pour donner un onéreux pigment bleu utilisé par tous les peintres. Ce procédé fut abandonné lorsque J.B.Guimet en réalisa la synthèse en 1826 par une méthode peu coûteuse. À la Renaissance et aux siècles suivants, le lapis-lazuli rehaussa la décoration mobilière et architecturale: les tables florentines s’ornèrent de marqueterie dans les gammes du bleu ciel à l’outremer profond, les colonnes et les murs des grands édifices se parèrent de mosaïques bleues, comme le palais de Tsarskoïe Selo (rebaptisé en 1937 Pouchkine, près de Saint-Pétersbourg) qui présente des lambris en lapis-lazuli. De nos jours, l’Occident façonne la pierre en objets de parure alors que l’Orient -où on lui accorde toujours des valeurs rituelles- la sculpte en statuettes diverses (bouddhas, figurines, animaux).
Les gisements du lapis-lazuli sont de même nature que ceux de la lazurite. La roche est fragile, sensible aux températures élevées (eau très chaude par exemple), s’altère au savon et, bien évidemment, est attaquée par les produits acides.
Le lapis-lazuli est abondamment imité. Le lapis allemand ou lapis suisse -appellation interdite dans les pays adhérents à la Confédération internationale de la bijouterie, joaillerie et orfèvrerie (C.I.B.J.O.)- est en fait un jaspe teinté au bleu de Prusse (ferrocyanure de potassium). En 1954 est apparu pour la première fois un spinelle synthétique coloré à l’oxyde de cobalt pour lui donner la teinte bleue (un peu trop soutenue) et additionné de petites paillettes d’or pour imiter les inclusions de pyrite. Enfin, diverses roches à la porosité adéquate (cipolins, marbres, quartzites, dolomies, etc.) sont teintées en bleu pour tenter de tromper l’œil des non-spécialistes.