Topaze
formule
Al2[SiO4](F,OH)2;
système: orthorhombique;
dureté: 8;
poids spécifique: 3,49-3,60;
éclat: de vitreux à adamantin;
transparence: de transparente à translucide;
cassure: conchoïdale, irrégulière.
1. Les topazes d’antan
La topaze est connue depuis l’Antiquité. À cette époque, on qualifiait de «topaze» toutes les pierres précieuses de couleur jaune; à l’inverse, les topazes incolores étaient prises pour des diamants. Il est vrai que la confusion est possible.
L’origine du mot topaze est incertaine. Ce terme pourrait provenir du grec topazos, du nom d’une île anciennement grecque, située en mer Rouge, où l’on trouve de la chrysolite, un péridot (olivine) jaune qui a longtemps été confondu avec la topaze. D’autres minéralogistes pensent qu’il est issu du sanscrit tapas ou tupas, «feu».
Les Anciens prêtaient à la «topaze» le pouvoir de calmer les passions, de protéger les récoltes de la grêle et d’éloigner la peste. On dit que le pape ClémentVI (1291-1352) portait une bague ornée d’une topaze, qu’il passait sur les bubons des pestiférés afin de les guérir. De fait, au Moyen Âge, la topaze était l’une des sept pierres qui représentaient les dons du Saint Esprit.
On doit au minéralogiste français Jean-Romé de l’Isle (1736-1790), auteur du célèbre Essai de cristallographie (1772), de désigner par topaze le minéral actuellement connu comme tel. Cependant, aujourd’hui encore, de nombreuses appellations incorrectes perdurent. Par exemple, les topazes de Bohême, de Bahia, d’Écosse ou d’Espagne sont en fait des citrines (un quartz jaune); la topaze fumée est un quartz enfumé; la topaze orientale, un saphir jaune; les topazes de Palmyre et de Salamanque, des améthystes chauffées; la topaze royale, un corindon orange. Les pays qui n’adhèrent pas à la Confédération internationale de la bijouterie, joaillerie et orfèvrerie (C.I.B.J.O.) utilisent toujours ces dénominations proscrites.
La plus célèbre topaze taillée est certainement la «Bragance» (du nom de João Carlos de Bragance, deuxième duc de Lafões), qui orne la couronne portugaise, de 1.680 carats (1carat est l’unité légale de masse des pierres précieuses et fines et vaut deux décigrammes). Elle fut découverte au Brésil au XVIIIesiècle par un esclave qui fut pour cela affranchi; presque incolore, elle fut très longtemps prise pour un diamant.
Depuis lors, d’autres grands cristaux furent taillés: la topaze dite Princess, gemme facettée de 20.000carats, trouvée aussi au Brésil, propriété de E.Swoboda à Los Angeles (États-Unis); une topaze jaune de 7.725 carats et une incolore de 2.680 carats exposées à la Smithsonian Institution de Washington; une topaze bleue de 5.890 carats visible au muséum d’histoire naturelle de Chicago; de belles pièces, dont une de 1.300carats, présentées au British Museum de Londres.
Des cristaux géants bruts sont également conservés. Un spécimen bleu, provenant de Minas Gerais au Brésil, mesure 80cm Z 60cm Z 60cm et pèse 300 kilogrammes; il fait la fierté de l’American Museum of Natural History de New York. Un autre, de couleur miel clair, de même provenance, pèse 150kilogrammes et est conservé au palais Pitti de Florence (Italie).
2. Caractéristiques
La structure de la topaze est majoritairement constituée de tétraèdres SiO4: un atome de silicium au centre de quatre atomes d’oxygène. Ces tétraèdres ne sont pas liés entre eux mais assemblés par l’intermédiaire des atomes d’aluminium (Al), de fluor (F) et des groupements hydroxyles (OH). Ce minéral possède une teneur quasi constante en aluminium; en revanche, la proportion de fluor et d’hydroxyle peut varier selon les sites (21 p.100 au maximum de fluor), ce qui explique les variations en poids spécifique -les topazes fluorées ont généralement tendance à pâlir à la lumière solaire. Pourtant, c’est la substitution de l’aluminium, en faible quantité (moins de 1 p.100), par d’autres éléments chimiques qui permet une grande diversité de couleur de la topaze. Ainsi, la couleur jaune est liée au remplacement de quelques atomes d’aluminium par du chrome, le bleu est dû à l’adjonction de fer trivalent (Fe3+), etc.
Si la topaze est dure -elle raye le quartz-, elle est cependant fragile à cause de son clivage basal facile. Et sa taille reste un travail délicat: à degrés ou en ciseaux pour les pierres de couleur, en brillant pour les pierres incolores, en cabochon pour celles qui contiennent des inclusions gênantes. La structure de la topaze ménage en effet des lacunes que peuvent occuper des éléments divers: eau, anhydride carbonique, aiguilles de rutile, etc. Ces inclusions constituent le «givre» du minéral; si celui-ci est particulièrement apprécié pour certaines gemmes -comme l’émeraude, dont il garantit l’authenticité-, il diminue la qualité de la topaze car il fragilise celle-ci.
La topaze est infusible et elle se dissout lentement dans l’acide sulfurique (H2SO4). Elle peut présenter une faible fluorescence selon la teneur en fluor: brunâtre pour la topaze rose, jaune orangé pour la topaze jaune. Le pléochroïsme de la topaze rose est vif et fort: rouge sombre, jaune, rouge rosé; celui de la topaze jaune est net: jaune citron, jaune paille; celui de la topaze bleue est faible: bleu clair, rose, incolore.
Quelle que soit sa couleur d’origine, la topaze réduite en poudre est blanche; de tels minéraux sont dits allochromatiques. La poudre de topaze peut être utilisée pour polir le quartz.
3. Gisements
La topaze est assez fréquente dans les veines de granite, les pegmatites acides et certains filons hydrothermaux. On la trouve aussi dans des roches silico-carbonatées, en tant que produit du métamorphisme de contact. En raison de sa dureté, de sa résistance à l’altération et de son poids spécifique relativement élevé, elle est fréquente dans les dépôts alluvionnaires, notamment en concentration dans les placers.
Elle se trouve associée à d’autres minéraux pneumatolytiques: lépidolite, phlogopite, tourmaline, béryl, etc.
La topaze se rencontre dans le monde entier, mais elle n’est pas toujours de qualité gemme. Au XVIIIesiècle, elle était principalement exploitée dans la mine de Schneckenstein, dans les monts métallifères (Erzgebirge) de Saxe, qui livra de beaux cristaux jaunes de plusieurs centimètres; le site est depuis longtemps épuisé. La gemme perdit de sa valeur lorsque les riches gisements du Brésil furent découverts. Les plus importants sont ceux de l’État de Minas Gerais, notamment la mine alluvionnaire de Capão do Lana, découverte durant la Seconde Guerre mondiale et exploitée à partir des années 1970. Son exploitation industrielle, à l’aide de jets d’eau fortement pressurisée pour séparer les cristaux de la gangue, a livré des gemmes bleues d’une grande perfection, de taille décimétrique. D’autres mines ont été ouvertes dans cet État, dont certaines exploitent les topazes directement dans des pegmatites; de couleur bleue, associées à la tourmaline bleue et au béryl vert, elles y tapissent les parois internes de géodes dont le volume peut atteindre plusieurs mètres cubes. D’autres gisements sont connus au Brésil, dans les États de Bahia, d’Espírito Santo et de Goiás.
En Russie, de superbes cristaux bleus décimétriques et d’autres pluricentimétriques de teinte champagne ont été trouvés dans les monts de l’Adun Tchilon (Sibérie). Dans l’Oural, de très beaux spécimens de topaze transparente bleutée sont extraits de géodes au sein des granites de la région de Murzinka et d’Alabaskha, près d’Ekaterinbourg; ils sont associés à du quartz enfumé, du feldspath, du lépidolite (un mica blanc jaunâtre ou violacé). En Ukraine, au nord-ouest de Kiev, des topazes jaunes, bleues ou incolores sont extraites de la pegmatite de Volodar, dont un spécimen d’environ 80 centimètres de longueur et pesant 117 kilogrammes découvert en 1966.
Beaucoup d’autres gisements sont exploités dans le monde: à Madagascar (de remarquables cristaux bleus de plusieurs centimètres dans les pegmatites de Bemainandro); aux États-Unis (topazes bleues ou jaune miel dans des rhyolites de l’Utah, topazes jaunes dans les granites de Pikes Peak au Colorado); au Pakistan (topazes jaunes près de la frontière afghane dans des géodes pegmatitiques ou au contact pegmatites-amphibolites); en Chine (des topazes roses, jaunes ou bleu-vert dans le sud Yunnan); en Afrique (Namibie, Nigeria, Zimbabwe); au Mexique, au Japon (grands cristaux incolores) et en Australie.
En Europe, les deux gisements exploités se situent en Écosse (mont Cairn Gorn) et en Irlande (monts Mourne). En France, on connaît deux sites qui n’offrent d’intérêt que du point de vue minéralogique: quelques rares cristaux dans les filons d’étain de la Villeder (Morbihan) et quelques beaux échantillons à la Chêze (Ambazac, Haute-Vienne), constitués de topaze incolore noyée dans une lépidolite massive.
4. Traitements, imitations et confusions possibles
Des topazes vertes, avec un léger éclat métallique, inondent les vitrines de certains bijoutiers. Cette couleur, qui n’existe pas à l’état naturel, est obtenue en irradiant des topazes incolores avec des rayons gamma ou des jets de neutrons. Dans ce dernier cas, elles sont, de plus, dangereuses à porter car elles conservent une certaine radioactivité due à la formation de radio-isotopes à partir de traces de scandium, de cobalt et de tantale. Certaines topazes d’un bleu soutenu ont subi un traitement équivalent.
Un autre type de traitement consiste à chauffer les cristaux. Ainsi, une topaze jaune portée à 400-5000C dans un bain de magnésite devient rose. Cette pratique, communément acceptée, n’est pas tenue pour frauduleuse en gemmologie. Toutes les pierres chauffées présentent un indice de réfraction plus élevé et un pléochroïsme plus prononcé. Toutefois, si l’on veut être certain du caractère purement naturel d’une pierre, mieux vaut choisir une topaze bleue claire ou jaune miel; la valeur des gemmes incolores est beaucoup plus faible.
Il y a peu d’imitations des topazes, à l’exception de la variété jaune pour laquelle on essaye de faire passer des corindons ou des spinelles synthétiques, ou encore de la citrine (quartz jaune) par grillage d’améthyste (quartz violet).
De nombreux minéraux, surtout s’ils sont déjà taillés et sertis, ressemblent à la topaze: l’apatite, le béryl, la brasilianite, le chrysobéryl, la citrine, la fluorite, le spinelle, la tourmaline, le zircon, etc. Pour d’autres gemmes -l’aigue-marine et le diamant-, la confusion est également possible et peut être préjudiciable car celles-ci présentent une plus grande valeur. Dans tous les cas, un œil expert peut rapidement faire la différence en observant le pléochroïsme, la dureté, la fluorescence et, bien sûr, l’aspect général (l’éclat, la présence ou l’absence de givre, etc.). Sinon, une analyse simple en laboratoire est souvent déterminante par la mesure du poids spécifique, de la réfringence et de la biréfringence, ou de la dispersion. L’identification du système cristallin, du spectre d’absorption et de la composition chimique nécessite un appareillage adéquat plus perfectionné.