Les pierres

Le rubis

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Le rubis est une variété gemme du corindon. C’est une des quatre pierres dites précieuses avec le saphir -une autre variété de corindon-, l’émeraude et le diamant. Le rubis se caractérise par sa grande dureté (9) et sa couleur rouge qui lui a donné son nom (du latin classique rubeus, roux, rouge).

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formule

Al2O3, présence de chrome;
système: rhomboédrique;
dureté: 9;
poids spécifique: 3,9-4,1;
éclat: soyeux à vitreux;
transparence: translucide à transparent;
cassure: inégale, légèrement conchoïdale ou esquilleuse.


1. Particularité du rubis

C’est le chrome qui, en se substituant à l’aluminium (Al) dans la structure cristalline, donne la couleur rouge au rubis. Cette teinte peut varier du rose clair au rouge foncé lorsque la composition s’additionne d’un peu de fer; toutefois, la couleur la plus recherchée est celle dite «sang de pigeon», d’un rouge carmin avec une petite teinte subtile de bleu. Le rubis contient souvent des inclusions: inclusions liquides ou inclusions d’autres minéraux comme le rutile qui lui donne ce reflet doux appelé «soie». Ces inclusions n’affectent en rien la qualité et la valeur de la pierre; elles renseignent au contraire sur l’origine de son gisement et permettent de la distinguer des rubis synthétiques. Certains rubis présentent le phénomène d’astérisme, laissant apparaître une étoile lumineuse à six branches qui semble glisser à la surface de la pierre lorsqu’on fait tourner celle-ci. Cela est dû à l’arrangement cristallin qui réfléchit la lumière en divergeant les rayons, comme les branches d’une étoile, selon des angles constants (600 pour le rubis). Le rubis est alors façonné en cabochon, forme qui permet de bien voir ce phénomène optique particulier. Ce dernier peut aussi être obtenu dans les rubis synthétiques.


2. Les rubis d’antan

Symbole de victoire, d’amour et de foi, assurant à son possesseur de conquérir terres et châteaux, le rubis a longtemps été réservé aux hommes: sa valeur en fit l’apanage des rois, empereurs, sultans et maharadjahs. Ainsi, Charles le Téméraire (1433-1477), duc de Bourgogne, portait accroché à son couvre-chef un chapelet de rubis d’une valeur inestimable, censé le protéger des blessures durant les combats. Il le perdit en 1476 pendant la bataille de Granson qui l’opposait aux Suisses; on retrouva le chapelet couvert de boue, mais sans les précieux rubis. Il mourut l’année suivante en combattant le duc de Lorraine.


Les princes des Indes possédaient un grand nombre de rubis, à l’instar du maharadjah d’Hyderabad, Nizam al-Mulk, dont le trône en or massif était orné d’une centaine de rubis de 100 à 200 carats chacun. Mais le plus gros rubis connu du monde est celui qui orne le centre de la couronne de CatherineII de Russie; d’un poids de près de 400 carats, il fut offert par Gustave de Suède pour le sacre de la tsarine. Ce joyau est aujourd’hui exposé au palais des Armures à Moscou. Parmi les autres rubis célèbres, on peut citer le rubis Edwardes (176 carats) qui se trouve au British Museum de Londres, le rubis Rossver Reeves (139 carats), en cabochon, exposé à la Smithsonian Institution de Washington et le rubis De Long (100 carats), montrant une belle figure d’astérisme, conservé à l’American Museum of Natural History à New York. Les rubis des joyaux de la couronne de France furent dérobés lors du cambriolage du Garde-Meuble national en 1792 ou vendus aux enchères en 1887 par le gouvernement de la IIIeRépublique.


3. Les gisements de rubis

Le rubis se rencontre principalement dans les calcaires dolomitiques qui, au contact d’une intrusion granitique, se sont transformés en marbre. Toutefois, il est le plus souvent exploité dans des gisements alluvionnaires où il est remanié et préservé en raison de sa dureté.


Les plus beaux rubis proviennent incontestablement de Birmanie, dans la vallée de Mogok. Ces pierres, arborant la couleur «sang de pigeon», sont extraites à plusieurs mètres de profondeur en même temps que d’autres gemmes de valeur: saphir, spinelle, topaze et béryls. Les rubis birmans deviennent cependant rares en raison d’une extraction sauvage qui a ruiné pratiquement le site. Aujourd’hui, l’essentiel de la production mondiale provient d’une région couvrant la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge: les mines de Chanthaburi (200km au sud-est de Bangkok) et celles de Pailin au pied de la chaîne des Cardamomes (Cambodge). Ces rubis contiennent une proportion de fer qui leur donne une couleur rouge foncé, plus sombre. Des traitements thermiques permettent de brûler les oxydes métalliques et d’améliorer ainsi la couleur des pierres.


D’autres gisements de moindre importance sont connus au Sri Lanka (sud-ouest de l’île) où les rubis sont tamisés dans les eaux courantes, en Tanzanie, au Kenya, à Madagascar, en Inde, aux États-Unis (Montana et Caroline du Nord) et en Australie.


4. Les confusions possibles et les imitations

Le rubis peut être confondu avec le spinelle (Mg [Al2O4]), qui arbore une couleur et une dureté (8) voisines. Beaucoup de joyaux des royaumes d’Europe sont en fait des spinelles que l’on a longtemps considérés comme des rubis. C’est le cas d’un gros spinelle brut dit Côte de Bretagne, acheté par LouisXIV pour un rubis, qui fut ensuite taillé en dragon par Jacques Guay à la demande de LouisXV; il est resté depuis dans le trésor de la couronne de France au Louvre. L’absence de pléochroïsme (variations de couleur qui apparaissent au microscope en tournant la platine en lumière naturelle) et de l’effet de «soie» distingue le spinelle rouge du rubis. Certains grenats et la tourmaline peuvent aussi être confondus avec le rubis, mais l’absence de pléochroïsme et d’intensification de la couleur à une lumière intense, complétée par une éventuelle mesure du poids spécifique et de l’indice de réfraction lèvent toute ambiguïté d’identification.


Sur le marché, certaines appellations prêtent à confusion: le rubis balais est un spinelle, le rubis du Cap, un grenat, et le rubis de Sibérie, une tourmaline.


Les imitations aussi sont nombreuses; par exemple, les «doublets» sont constitués d’un dessus (couronne) en grenat ou en rubis synthétique et d’un dessous (culasse) en verre. Un examen attentif laisse apparaître un mince filet rougeâtre sur les bords de la pierre. D’autres pierres sont en fait des reconstitutions obtenues à partir de petits débris de rubis naturels agglomérés par fusion à haute température. Elles sont plus difficiles à reconnaître, comme les rubis synthétiques issus de méthodes physico-chimiques, mais, exemptes de défauts et d’inclusions, elles présentent une pureté qui les trahit.


Les rubis synthétiques trouvent leur usage dans les mécanismes horlogers. Le rubis naturel est taillé comme le diamant pour la joaillerie, mais sa relative fragilité nécessite des précautions et tout l’art des lapidaires pour le facetter et le sertir.