Le saphir
Le saphir (de l’hébreu sappir, la «chose la plus belle») est une variété gemme du corindon. C’est une des quatre pierres dites précieuses avec le rubis -une autre variété de corindon-, l’émeraude et le diamant. Le saphir se caractérise par une grande dureté (9), inférieure d’une unité à celle du diamant dans l’échelle de Mohs, et par sa limpidité par rapport aux corindons communs.
formule
Al2O3;
système: rhomboédrique;
dureté: 9;
poids spécifique: 3,9-4,1;
éclat: soyeux à vitreux;
transparence: translucide à transparent;
cassure: inégale, légèrement conchoïdale ou esquilleuse.
1. Particularités du saphir
Le saphir peut présenter différentes couleurs, à l’exception du rouge qui est réservé au rubis. Toutefois, le saphir au sens strict est bleu (la couleur la plus recherchée étant le bleu bleuet pur), mais il peut prendre d’autres teintes et il convient alors de lui adjoindre un qualificatif: le saphir incolore, appelé aussi «leuco-saphir», le saphir orangé, appelé aussi «padparadscha» (fleur de lotus en cinghalais), le saphir jaune, appelé aussi «topaze oriental», le saphir vert, appelé aussi «péridot oriental», et le saphir violet.
C’est le fer et le titane qui, en se substituant à l’aluminium (Al), donnent la couleur bleue au saphir; une teneur moindre en fer produit les saphirs jaunes et verts, le vanadium colore la gemme en violet. Le saphir est beaucoup plus répandu que le rubis; c’est la pierre précieuse de couleur la plus vendue au monde, mais seuls les très beaux saphirs, dont la couleur rappelle l’encre bleue qui tachait les doigts des écoliers, avec une bonne transparence uniforme, sont rares. Des inclusions de rutile donnent à la pierre son éclat soyeux.
Certains saphirs présentent le phénomène d’astérisme, laissant apparaître une étoile lumineuse à six branches qui semble glisser à la surface de la pierre lorsqu’on fait tourner celle-ci. Cela est dû à l’arrangement cristallin qui réfléchit la lumière en divergeant les rayons, comme les branches d’une étoile, selon des angles constants (600 pour le saphir). Le saphir, dit «étoilé», est alors façonné en cabochon, forme qui permet de bien voir ce phénomène optique particulier. Ce dernier peut aussi être obtenu dans les saphirs synthétiques.
2. Les saphirs d’antan
Des vertus particulières sont attribuées au saphir, comme à toutes les pierres précieuses et beaucoup de pierres fines. Déjà Galien (env. 131-env. 201), médecin grec, prétendait que le saphir mis dans la bouche préservait des piqûres de scorpion, et Dioscoride, autre médecin grec, attribuait à cette gemme le pouvoir de guérir les ulcères d’estomac. Au Moyen Âge, les prêtres portaient souvent une bague de saphir à leur doigt, car ils la croyaient capable de freiner les désirs amoureux. La pierre épiscopale est d’ailleurs un saphir.
Parmi les saphirs célèbres, l’Étoile des Indes (563 carats) est probablement le plus gros saphir étoilé jamais façonné. Après avoir appartenu aux maharadjahs d’Hyderabad, il fait désormais partie de la collection de l’American Museum of Natural History de New York. Le saphir Logan (423 carats), d’un bleu profond, provenant de Birmanie, est la propriété actuelle de la Smithsonian Institution de Washington, cette dernière possédant aussi l’Étoile d’Asie, un saphir étoilé de 330 carats. Les tsars de Russie aimaient aussi s’orner de belles pièces, que renferment aujourd’hui les trésors du Kremlin, dont le Tsar bleu (260 carats) qui appartenait à Vladimir Monomaque (1053-1125), grand-prince de Kiev. On peut citer enfin le saphir Mac Cormick (197 carats), une briolette (type de taille en forme de poire, toute facettée, sans couronne ni culasse) ayant appartenu à l’Américaine Ganna Mac Cormick qui acheta le Théâtre des Champs-Élysées de l’avenue Montaigne, à Paris, pour assouvir sa passion du chant.
3. Les gisements de saphir
Le saphir cristallise dans les basaltes ou les pegmatites, parfois le marbre. Les exploitations donnent cependant les meilleurs résultats dans les gisements secondaires, alluvionnaires ou éluvionnaires, où les pierres sont simplement extraites par lavage des sédiments qui les contiennent.
Les saphirs des princes des Indes provenaient de la région de Zaskar, à 200 kilomètres au sud-est de Srinagar (dans le Cachemire indien). Ces gisements situés à 5.000 mètres d’altitude dans un cirque glaciaire, ont donné les plus beaux saphirs d’un bleu bleuet aux reflets soyeux, issus d’une pegmatite mais exploités dans des éluvions. De nos jours encore, alors que ces mines sont épuisées depuis 1975, des marchands peu scrupuleux continuent d’appeler saphirs de Cachemire des gemmes provenant de Birmanie ou d’ailleurs.
L’Australie exploite deux gisements sur son territoire. Celui d’Anakie (Queensland), extrait d’éluvions de basalte par lavage, donne des saphirs contenant un excès de fer: s’assombrissant à la lumière artificielle, ils présentent peu d’intérêt commercial. En revanche, les mines australiennes de Nouvelle-Galles-du-Sud produisent depuis 1918 des saphirs de bonne tenue.
Le saphir de Birmanie provient de la vallée de Mogok, dans des calcaires dolomitiques métamorphisés par contact d’une intrusion granitique, qui renferment aussi les rubis birmans. D’une belle teinte bleu de Prusse à l’éclat velouté, c’est un saphir de grande valeur, sans atteindre toutefois la qualité de celui du Cachemire. C’est dans ce gisement que l’on a trouvé, en 1966, le plus gros saphir étoilé connu du monde, une gemme pesant à l’état brut 63.000 carats, soit 12,6 kilogrammes.
Le saphir du Sri Lanka est exploité depuis l’Antiquité dans la région de Ratnapura, dans le sud-ouest de l’île, à 80 kilomètres au sud-est de Colombo. C’est le plus important gisement de saphirs du monde; on y trouve aussi des rubis, des aigues-marines, des grenats, des topazes et des zircons, qui proviennent d’un marbre dolomitique interstratifié avec des gneiss à quelques mètres de profondeur. Les gemmes y présentent des couleurs variées (bleu pâle, jaune, orange, verte, incolore) et sont de qualités diverses. Beaucoup d’entre elles sont retraitées thermiquement avant d’être exportées vers le marché de Bangkok, plaque tournante de la vente des pierres précieuses de couleur et des pierres fines où les négociants du monde entier se déplacent dans les tailleries et les bureaux de négoce. Les autres grands centres de négoce des pierres de couleur se situent à Londres, Zurich, Genève et New York.
Les gisements de saphirs de Thaïlande et du Cambodge sont les mêmes que ceux du rubis de Siam, respectivement les mines de Chanthaburi (200 kilomètres au sud-est de Bangkok) et celles de Pailin au pied de la chaîne des Cardamomes (Cambodge). Ce sont de bons gisements de saphirs étoilés; les saphirs bleus présentent une teinte un peu foncée et le traitement thermique qu’ils subissent ravive leur couleur aux brillances toutefois peu naturelles. Néanmoins, ces saphirs sont les plus vendus au monde, car leur prix est bas comparé à celui des gemmes de grande qualité.
On peut signaler d’autres petits gisements dans le Montana (États-Unis), au Brésil (Mato Grosso), en Malaisie, en Tanzanie et, enfin, en Haute-Loire (le Riou Pezzouliou, Espaly, près du Puy-en-Velay), où les saphirs verts et bleus, d’aspect émoussé, de qualité médiocre et présents en petites quantités, sont exploités pour des usages industriels.
4. Les confusions possibles et les imitations
Plusieurs minéraux peuvent être confondus avec le saphir bleu. C’est le cas de la tanzanite, transparente et de couleur bleu violacé à bleu saphir, dont l’unique gisement connu se situe en Tanzanie; elle présente toutefois une dureté moindre (6,5-7), un poids spécifique plus faible et un clivage très net que ne possède pas le saphir. La bénitoïte ressemble aussi fortement au saphir; elle ne s’en distingue que par une dureté moins grande (6-6,5) et un dichroïsme très accentué. La cordiérite bleue, ou saphir d’eau, d’une dureté de 7,5 proche de celle du saphir, ne peut être distinguée rapidement du saphir que par la mesure de son poids spécifique plus faible (2,58-2,66). La cyanite, ou disthène, la topaze bleue, l’aigue-marine, le zircon bleu et la tourmaline peuvent aussi, une fois taillés, se confondre avec le saphir bleu; dans tous les cas, des mesures de la dureté, du poids spécifique et de la biréfringence permettent de lever toute ambiguïté.
Les doublets imitant le saphir sont plus rares que ceux qui copient le rubis, car la pierre est plus courante. Il existe des saphirs synthétiques depuis 1910, grâce au procédé Verneuil (cf.CRISTAUX-Croissance des cristaux), des saphirs étoilés synthétiques de qualité joaillerie sont produits depuis la fin des années 1940.
Les saphirs de couleur claire et contenant des inclusions de rutile (oxyde de titane, TiO2) sont souvent traités thermiquement: chauffés à 1.500-1.600 0C dans un milieu réducteur, leur teinte devient bleu intense en raison d’une redistribution du titane à l’intérieur du minéral. Pour les saphirs ne contenant pas d’inclusions de rutile, l’apport peut être externe: on enrobe le saphir d’une pâte riche en titane et en fer, puis on chauffe l’ensemble à 1.6000 C pendant quelques jours. Dans le premier cas, la couleur se répartit uniformément dans tout le minéral; dans le second, elle est limitée à la surface de la pierre. Il est difficile de distinguer ces saphirs traités de ceux qui présentent une belle couleur bleue naturelle; les vendre comme des gemmes naturelles constitue bien sûr une fraude, surtout dans le second type de traitement, qui nécessite l’apport d’éléments extérieurs à la composition naturelle.